Dans les coulisses de la pharmacie : l’innovation au service de la sécurité
Interview d'Emilie Coquet
07/09/2026
Depuis l’ouverture de l’Hôpital Européen en 2013, la pharmacie s’appuie sur l’automatisation pour sécuriser la préparation et la dispensation des médicaments. Douze ans plus tard, trois nouveaux robots de dernière génération viennent moderniser ce dispositif et ouvrir la voie à de nouvelles innovations.
Rencontre avec Émilie Coquet, directrice de la pharmacie de l’Hôpital Européen, qui nous explique comment la technologie transforme le circuit du médicament, au bénéfice des patients comme des professionnels.
Qu’est-ce qui a motivé la modernisation du circuit du médicament à l’Hôpital Européen ?
La pharmacie de l’Hôpital Européen est équipée d’automates de dispensation nominative depuis l’ouverture de l’établissement en 2013, ce qui en faisait déjà un précurseur dans ce domaine. Au fil des années, l’établissement est devenu un site de référence sur la dispensation nominative automatisée. Nous recevons régulièrement des équipes hospitalières de toute la France qui viennent découvrir notre organisation et se former à ces pratiques.
Après douze années d’utilisation, il était nécessaire de renouveler et de moderniser ce parc. Nous avons donc installé trois automates de dernière génération afin d'améliorer encore la performance et la sécurisation du circuit du médicament.
Concrètement, quel rôle jouent les nouveaux robots Deenova dans la préparation des traitements ?
L’automate est un élément essentiel du circuit du médicament, mais la véritable clé de son efficacité repose sur l’interconnexion des différents logiciels.
Après validation par le pharmacien, la prescription est transmise à l’automate, qui prépare pour chaque patient hospitalisé un pilulier nominatif couvrant 24 heures de traitement. Il y intègre automatiquement les comprimés et les gélules prescrits et génère ensuite une liste complémentaire pour les autres formes pharmaceutiques, comme les injectables, les crèmes ou les collyres. Ces éléments sont ajoutés manuellement par l’équipe de la pharmacie avant l’envoi.
Chaque jour, les piluliers complets sont ensuite distribués dans l’ensemble des services de soins.

Qu’est-ce que cette automatisation change en matière de sécurité et de traçabilité ?
L’automatisation apporte plusieurs bénéfices majeurs en termes de sécurisation du circuit du médicament.
Tout d’abord, elle fiabilise la préparation des traitements grâce à une dispensation automatisée qui limite considérablement les risques d’erreur. Elle renforce également l’identitovigilance puisque chaque pilulier est clairement identifié avec le nom, le prénom, la date de naissance et le numéro de chambre du patient.
Cette organisation permet aussi de gagner un temps précieux dans la préparation des doses à administrer. Nous pouvons ainsi prendre en charge un plus grand nombre de patients tout en maîtrisant l’évolution des besoins en personnel.
Comment le rôle des pharmaciens et préparateurs évolue-t-il avec ces nouveaux outils ?
L’analyse pharmaceutique reste une étape indispensable avant toute préparation des traitements. Les pharmaciens examinent chaque nouvelle prescription afin de vérifier les posologies, les éventuelles interactions médicamenteuses et la cohérence avec les traitements habituels du patient.
Si une anomalie ou un point de vigilance est identifié, le pharmacien échange avec le médecin prescripteur afin d'adapter la prescription avant sa validation.
Pour les préparateurs, l’automatisation permet de réduire certaines tâches répétitives à faible valeur ajoutée, comme la préparation manuelle des doses unitaires. Leur activité évolue davantage vers la gestion, le contrôle et le pilotage des automates, ce qui nécessite le développement de nouvelles compétences techniques.
Quels bénéfices observez-vous pour les équipes soignantes dans les services ?
Pour les équipes soignantes, l'un des principaux bénéfices est la mise à disposition de piluliers nominatifs déjà préparés par la pharmacie. Les infirmiers n'ont plus à constituer eux-mêmes les traitements ; ils effectuent un contrôle avant administration, ce qui représente un gain de temps important.
Ils disposent ainsi de l'ensemble des traitements nécessaires pour les 24 heures à venir, directement intégrés dans leur organisation quotidienne des soins.
Cette démarche permet également de réduire les stocks de médicaments dans les unités de soins, limitant ainsi les risques d'erreur et la présence de produits périmés.
Cette nouvelle organisation a-t-elle également un impact environnemental ?
L'utilisation des automates de surconditionnement présente également un intérêt environnemental important. À première vue, l'utilisation de sachets plastiques peut sembler contradictoire avec une démarche écologique. Pourtant, ces sachets permettent une réintégration en stock simple et sécurisée des doses non utilisées. Compte tenu du fort turn-over des patients et des évolutions fréquentes de prescriptions, de nombreux médicaments ne sont finalement pas administrés.
Grâce au surconditionnement et à la traçabilité associée, ces doses peuvent être réutilisées pour d'autres patients. À l'échelle de l'Hôpital Européen, près de 150 000 doses de médicaments sont ainsi réintégrées chaque année, soit environ 30 % des doses dispensées. Cela permet de limiter considérablement le gaspillage et d'optimiser le cycle de vie des médicaments.
Par ailleurs, les sachets utilisés sont recyclables et s'intègrent dans la démarche globale de tri des déchets mise en place au sein de l'établissement.
Au-delà de la robotisation, quelles sont les prochaines innovations que vous souhaitez développer au sein de la pharmacie ?
La sécurisation du circuit du médicament et l'amélioration des conditions de travail des soignants restent au cœur de nos projets.
Nous travaillons actuellement sur le déploiement d'armoires sécurisées et informatisées destinées à la gestion des stupéfiants. L'objectif est de remplacer les processus de traçabilité encore réalisés sur papier par un système entièrement dématérialisé. Cette évolution permettra de sécuriser davantage le stockage, la dispensation et l'administration de ces médicaments, tout en générant un gain de temps significatif pour les soignants, les cadres de santé et les équipes de pharmacie.
À moyen terme, nous souhaitons également développer la traçabilité des implants utilisés au bloc opératoire grâce à la technologie RFID. Cette technologie, déjà utilisée dans d'autres secteurs pour le suivi des articles, permet d'identifier automatiquement un produit via une étiquette électronique.
Concrètement, des bacs équipés de capteurs RFID sont installés dans les salles d'opération. Lorsqu'un implant est reçu, une étiquette RFID est collée sur l’emballage et, lorsqu’il est utilisé, son emballage est simplement jeté dans le bac, qui transmet automatiquement l'information au dossier du patient. Cette solution remplacerait les enregistrements papier actuels, sans ajouter de charge de travail aux équipes du bloc opératoire.
Ce projet sera présenté dans le cadre d'appels à projets portés notamment par la DGOS et l'ANAP afin d'obtenir un accompagnement financier pour son déploiement.